Une fois la frontière entre le Kazakhstan et la Russie traversée, nous filons jusqu’à Astrakhan. Nous avons 6 jours pour atteindre la frontière géorgienne. Cela nous laisse un peu de temps. Quand on repense à notre épopée il y a quelques mois pour la traversée de la Russie entre la Mongolie et le Kazakhstan… Cette fois, cela va être un jeu d’enfant !
En fin de matinée, nous arrivons à Astrakhan, ce qui nous offre le temps de profiter pour une petite balade dans la ville. Nous nous posons sur un parking, sur les bords de la Volga, l’un des plus grands fleuve d’Europe




Nous avons surtout envie de découvrir le Kremlin d’Astrakhan, l’un des Kremlins les mieux préservés de Russie. Il a été construit entre 1582 et 1589 pour protéger la ville et les routes commerciales sur la Volga, après la conquête de l’ancienne ville tatare d’Astrakhan par Yvan le Terrible en 1556. Cela a ainsi permis à la Russie de contrôler la région de la Volga et d’établir une influence croissante dans le Caucase et autour de la mer Caspienne.
Nous pénétrons alors dans l’enceinte en passant les murs fortifiés d’une hauteur de plus de 10 mètres et une épaisseur d’environ 3 mètres à certains endroits. Plusieurs tours, dont certaines servaient de portes d’entrée, ornent ces murs. Ces fortifications faisaient partie d’un système de défense contre les invasions mongoles et tatares.
À l’intérieur, nous découvrons d’abord la très jolie cathédrale de l’Assomption. Sa construction a débuté en 1698 et s’est achevée en 1710. Des fresques et des icônes orthodoxes décorent les murs. Après avoir passé beaucoup de temps dans des pays hindouistes, bouddhistes et musulmans, cela fait tout bizarre d’entrer dans une église chrétienne !
Juste à côté de la cathédrale, se trouve la tour de l’horloge. Haute de 80 mètres, elle abrite des cloches massives. Elle a servi à des fins à la fois militaires (comme tour de guet) et religieuses (appel à la prière).






















En rentrant vers Ookami, nous passons dans des petites rues. Nous découvrons alors de vieilles maisons, certaines en bois qui nous donnent un contraste assez fou avec le reste de la ville que nous avons pu voir.








Pour notre dîner, nous décidons de manger dans un petit restaurant juste à côté du camion. Au menu : rachapuri, un plat à base de fromage que nous avions découvert en Géorgie et que nous aimons beaucoup.
Le lendemain, après une matinée de travail, nous reprenons la route. Yannick nous a concocté une petite surprise pour notre nouveau spot … Un temple bouddhiste en pleine campagne russe. Le temple de Lagan, dans la République de Kalmoukie.
Pour la petite histoire, voici pourquoi il y a ce temple bouddhiste dans un pays où le christianisme orthodoxe est la religion dominante.
Les Kalmouks ont introduit le bouddhisme en Kalmoukie. C’est un peuple d’origine mongole qui s’est installé dans la région au XVIIe siècle après avoir migré depuis l’Asie centrale. Ils ont ainsi apporté avec eux leur religion bouddhiste de tradition tibétaine, et cette foi a profondément influencé la culture locale. Depuis, le bouddhisme est resté une composante essentielle de l’identité kalmouke.
Le temple de Lagan a été construit à une époque récente, reflétant ainsi une renaissance du bouddhisme en Kalmoukie après la chute de l’Union soviétique. Sous le régime soviétique, de nombreux temples et monastères avaient été fermés ou détruits, et la pratique religieuse avait été réprimée. Cependant, depuis les années 1990, le bouddhisme a connu un renouveau, avec la construction de nouveaux temples et la restauration des anciens lieux de culte. Et je t’avoue que cela nous fait du bien. Bouddha nous manque !
Dans l’enceinte du temple, on retrouve ainsi des stupas, des moulins à prières, des drapeaux de prière, des statues de divinités bouddhistes, et évidemment une grande statue de Bouddha.
À l’intérieur du temple, on trouve une grande statue de Bouddha, entourée de peintures murales et de thangkas (peintures religieuses tibétaines) qui représentent des scènes de la vie de Bouddha et des divinités bouddhistes.














Après une nuit très calme (mais bien fraîche) sous le regard bienveillant de Bouddha, nous reprenons la route en direction de Grozny. En chemin, nous passons notre premier check point russe. Nous nous y attendions. En effet, nous entrons dans la région du Dagestan. Le Daguestan est situé à proximité de régions qui ont connu des conflits récents, comme la Tchétchénie et l’Ingouchie. Ainsi, la surveillance des mouvements dans et hors de la région est une manière pour le gouvernement russe de maintenir un contrôle strict sur les personnes et les véhicules qui pourraient être impliqués dans des activités illégales ou des conflits. Lors des contrôles, les militaires enregistrent les informations des passeports et des véhicules pour pouvoir suivre les mouvements. Ils s’assurent également que les voyageurs respectent les conditions de leur séjour en Russie.
Nous avons un peu l’habitude de ces passages après le Pakistan ou encore le Tadjikistan. Nous les prenons toujours très positivement comprenant leurs intérêts pour les pays. Et une fois de plus tout se passe bien. C’est Yannick qui gère ce passage. Le militaire (le seul parlant anglais) lui raconte sa vie ici, sa joie à l’idée de son retour chez lui dans quelques jours, mais aussi son envie très forte de ne pas revenir ici …
Après cette pause, c’est reparti ! Mais la route est longue. Alors, nous nous arrêtons à Shelkovskaya pour la nuit. Nous profitons du calme de l’étang de la petite ville.




Après une nuit très calme (encore une fois), nous reprenons la route et nous entrons dans la région de la Tchétchénie. Comme nous, je pense que tu te souviens de ce qui s’est passé dans cette région lorsque nous étions adolescents. Et si tu ne t’en souviens pas vraiment, je t’en fait un petit rappel :
Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, la Tchétchénie a alors tenté de déclarer son indépendance sous la direction du leader séparatiste Djokhar Doudaïev. Cela a conduit à une série de guerres sanglantes entre les forces tchétchènes et russes.
Première guerre de Tchétchénie (1994-1996) :
La Russie a lancé une invasion de la Tchétchénie pour rétablir son contrôle. Cependant, les forces russes ont rencontré une résistance féroce. Et après des pertes importantes, un accord de paix a été signé, laissant la Tchétchénie dans un état de quasi-indépendance.
Deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2009) :
La Russie, sous la présidence de Vladimir Poutine, a lancé une seconde guerre contre les séparatistes tchétchènes après une série d’attaques terroristes et d’incursions en Daguestan. Cette guerre a alors abouti à la réintégration de la Tchétchénie sous contrôle russe direct.
Période moderne sous Kadyrov :
Depuis la fin des conflits armés, c’est Ramzan Kadyrov qui gouverne la Tchétchénie, fils de l’ancien président pro-russe Akhmad Kadyrov, assassiné en 2004. Ramzan Kadyrov a consolidé son pouvoir avec le soutien de Moscou. Sous sa direction, la région a été largement reconstruite. La capitale Grozny a été transformée, avec de nouveaux bâtiments modernes et des infrastructures. Toutefois, le régime de Kadyrov est souvent critiqué pour des violations des droits de l’homme, avec des allégations de tortures, d’assassinats politiques et de répression contre les opposants. Kadyrov dirige la Tchétchénie avec une main de fer, tout en promouvant un retour aux valeurs islamiques strictes… Tout un programme !!!
Le lendemain, nous reprenons la route et nous arrivons à Grozny, la capitale Tchétchéne. Et quand on connaît l’histoire de cette région, nous avons l’impression que rien ne s’est passé. En effet, on y retrouve des rues commerçantes et des cafés branchés. Et surtout, on découvre le Grozny City Towers, un complexe de gratte-ciel, abrite des bureaux, des appartements de luxe et des hôtels, dont l’impressionnant Hôtel Grozny City. Ces immenses buildings marquent ainsi l’évolution de la ville. Quant aux habitants, ils marchent dans la ville avec l’air insouciant et joyeux. Si ce n’est le musée Mémorial, la ville est résolument jeune et moderne.










Nous avons quand même envie d’en savoir plus sur ce qui s’est passé ici. Alors, nous allons au musée Mémorial de la Gloire d’Akhmad Kadyrov. Ce musée présente des expositions sur la vie d’Akhmad Kadyrov, sa carrière politique et ses contributions à la Tchétchénie. Nous y découvrons des photos, documents, objets personnels et vidéos. Chaque objet retrace son parcours et l’histoire récente de la Tchétchénie, en particulier les périodes de guerre et de reconstruction.
Il y a une œuvre qui attire particulièrement mon attention. C’est « Le Cœur du Monde ». Une création de Permyakov Alexandre Ivanovitch et de son fils, Permyakov Evgueni Alexandrovitch. Elle représente symboliquement le cœur en tant que source de vie, d’espoir, et d’unité. C’est une métaphore forte pour montrer la Tchétchénie et Grozny comme étant le cœur battant de la résilience et du courage tchétchènes.
Cette œuvre met ainsi en avant l’importance de la foi, de la paix et de la communauté après des années de conflit. Elle souligne alors la capacité du peuple tchétchène à reconstruire et à s’unir malgré les difficultés.











Après la visite de ce musée, nous allons visiter la grande mosquée de Grozny, La Mosquée Akhmad Kadyrov. Aussi connue sous le nom de « Cœur de la Tchétchénie, » cette mosquée est l’une des plus grandes d’Europe. Elle peut accueillir jusqu’à 10 000 fidèles et est célèbre pour son architecture magnifique, inspirée des mosquées d’Istanbul. La mosquée est un symbole fort de la renaissance de Grozny et rend hommage au père de Ramzan Kadyrov, Akhmad Kadyrov. Il a été le président de la Tchétchénie jusqu’à son assassinat en 2004. Oui, tout dans cette ville célèbre cet homme !












D’ailleurs, aujourd’hui, nous sommes le 5 octobre et on célèbre son anniversaire. Sur la grande place, il y a des stands qui sont organisés avec des danses ou encore de la musique. Nous arrivons un peu tard, alors beaucoup de stands sont déjà fermés. Mais cela nous donne un petit aperçu de l’ambiance qui règne ici.




Pour la nuit, nous restons sur le parking du musée. Avant d’aller nous coucher, nous avons le droit à un très joli feu d’artifice. Le clou de cette journée festive.
Le lendemain, nous quittons Grozny dans la matinée pour rejoindre le poste frontière entre la Russie et la Géorgie. Nous avons eu plein d’écho au sujet de cette frontière. Apparemment, elle est interminable et il nous faut nous attendre à de longues heures de patience. Eh bien, elle nous a bien surpris ! En moins d’une heure, nous changeons de pays !





