09 juillet 2026
Instruction en famille : le choix qui a ouvert notre vie nomade
Avant la vie nomade, il y a eu l’instruction en famille. On te raconte comment ce choix a transformé notre rapport à l’école, aux apprentissages et à la liberté.
On nous demande souvent comment notre vie nomade a commencé.
Et je crois qu’on imagine parfois qu’un matin, on s’est réveillés en se disant : “Tiens, et si on vendait tout pour partir vivre sur les routes ?”
Mais la vérité est bien plus progressive que ça.
Notre vie nomade n’est pas née d’un coup de tête. Elle n’est pas arrivée comme une envie soudaine de tout quitter, de tout plaquer, de tout recommencer ailleurs.
Avant la route, il y a eu un premier choix.
Un choix qui, à l’époque, ne ressemblait pas encore à un grand bouleversement. Un choix que l’on pensait simplement lié à l’éducation de nos enfants. Un choix que nous avons fait parce que quelque chose, en nous, disait : “Là, ce cadre ne leur convient plus.”
Avant la vie nomade, il y a eu l’instruction en famille.
Et avec le recul, je crois profondément que tout a commencé là.
Quand l’école ne convenait plus à nos enfants
Luna est entrée à l’école très jeune. Elle avait seulement 2 ans et demi.
Avec le recul, on se dit que c’était peut-être un peu tôt. À l’époque, comme beaucoup de parents, nous avons suivi le chemin qui semblait évident. Celui que l’on connaît. Celui qui paraît normal. Celui que la société nous présente comme la suite logique.
Luna était une petite fille douce, calme, pleine de vie. Elle observait beaucoup. Elle ressentait beaucoup aussi. Et petit à petit, nous avons commencé à sentir quelque chose changer.
Elle s’adaptait.
Elle se conformait.
Elle rentrait dans le cadre.
Et bien sûr, s’adapter n’est pas forcément une mauvaise chose. Les enfants apprennent à vivre avec les autres, à composer, à écouter, à attendre leur tour. Mais chez elle, on sentait que cette adaptation prenait beaucoup de place. Peut-être trop.
Puis Liam a commencé l’école à son tour.
Et là, nous avons découvert un autre visage du système.
Liam avait besoin de sécurité. De sens. D’explications. Il avait besoin de comprendre ce qu’il vivait, de sentir qu’il pouvait s’appuyer sur quelque chose de stable. Dans la cour, il cherchait sa sœur. Pour nous, cela semblait tellement normal. Un petit garçon de 3 ans, plongé dans un environnement bruyant, agité, impressionnant, cherchait un repère familier.
Mais ce besoin a été mal accueilli.
Et puis il y a eu ce matin.
Ce matin où Liam a fondu en larmes dans nos bras, en nous suppliant de ne pas retourner à l’école.
Ce jour-là, quelque chose s’est fissuré en nous.
Pas dans une colère immense. Pas dans une volonté de tout rejeter en bloc. Mais dans cette sensation très claire que nous ne pouvions plus continuer comme si de rien n’était.
Ce n’est pas un discours contre les enseignants
Je tiens toujours à préciser une chose : ce n’est pas un discours contre les enseignants.
Je sais que beaucoup font de leur mieux. Je sais que leurs conditions de travail peuvent être difficiles, parfois même violentes pour eux aussi. Je sais que le système demande énormément, avec peu de moyens, beaucoup d’attentes, des classes chargées, des enfants aux besoins très différents, et des adultes qui doivent tenir debout malgré tout.
Ce n’est donc pas une histoire de “bons” ou de “mauvais” enseignants.
C’est simplement notre histoire à nous.
À ce moment-là, pour nos enfants, pour notre famille, ce cadre-là ne convenait plus.
Et quand on le ressent aussi fort, on ne peut plus faire semblant.
Chercher une autre voie
Alors nous avons commencé à chercher.
D’abord, nous nous sommes tournés vers les écoles alternatives. Montessori, Freinet, pédagogies différentes… Nous avons lu, questionné, comparé, essayé de comprendre ce qui pourrait mieux correspondre à nos enfants.
Nous ne savions pas encore exactement ce que nous cherchions. Nous savions seulement ce que nous ne voulions plus.
Et puis, au fil de nos recherches, nous avons découvert l’instruction en famille.
Au départ, cela nous semblait presque inaccessible. Un peu flou. Un peu immense. On se demandait comment cela fonctionnait, comment les enfants apprenaient, comment on organisait les journées, comment on faisait “sans école”.
Alors nous avons rencontré des familles.
Et là, quelque chose a changé.
Nous avons vu des enfants de tous âges vivre ensemble. Jouer ensemble. Apprendre ensemble. Des grands qui aidaient les petits. Des plus jeunes qui observaient les plus grands. Des discussions qui partaient dans tous les sens. Des apprentissages qui surgissaient au détour d’un jeu, d’une question, d’une balade, d’un projet.
Ce n’était pas le chaos que l’on peut parfois imaginer quand on ne connaît pas.
C’était vivant.
Et puis nous avons regardé Être et devenir, le documentaire de Clara Bellar.
Ça a été un déclic.
Pas parce que ce documentaire nous a donné une méthode toute faite. Mais parce qu’il a ouvert une porte dans notre esprit. Il nous a montré que d’autres chemins existaient. Que l’apprentissage pouvait être plus vaste que ce que l’on nous avait toujours présenté. Que les enfants pouvaient grandir, apprendre, se construire autrement.
Et surtout, il nous a donné le droit intérieur de nous poser cette question :
“Et si nous pouvions faire autrement ?”
La première non-rentrée
En septembre 2016, nos enfants ont fait leur première non-rentrée.
Je me souviens encore de cette sensation étrange. Pendant que beaucoup de familles reprenaient le chemin de l’école, nous, nous restions ensemble.
Il y avait à la fois de la joie, du soulagement, de l’excitation… et une petite voix qui demandait quand même : “Est-ce qu’on fait bien ?”
Parce que sortir du chemin classique, même quand on sent que c’est juste, ce n’est pas toujours confortable. On doit faire face aux questions, aux inquiétudes, parfois aux jugements. On doit aussi déconstruire beaucoup de choses en nous.
Notre propre rapport à l’école.
Notre peur de “rater quelque chose”.
Notre besoin de preuves.
Notre envie de cocher des cases pour être rassurés.
Au début, nous pensions simplement changer leur manière d’apprendre.
Mais en réalité, ce choix a changé toute notre façon de vivre.
Ce que l’IEF nous a appris
L’instruction en famille nous a appris à observer nos enfants autrement.
À regarder leurs rythmes.
Leurs élans.
Leurs besoins.
Leurs fatigues.
Leurs passions.
Leur manière unique d’entrer dans les apprentissages.
Elle nous a appris que tout ne se passe pas au même moment pour tout le monde. Qu’un enfant peut avancer très vite dans un domaine, prendre son temps dans un autre, puis avoir un déclic plus tard. Elle nous a appris que les apprentissages ne sont pas toujours linéaires. Qu’ils peuvent être joyeux, profonds, surprenants, parfois désordonnés en apparence.
Elle nous a surtout appris à faire confiance.
Et ce n’est pas rien.
Faire confiance à nos enfants.
Faire confiance au vivant.
Faire confiance à notre intuition de parents.
Faire confiance au fait qu’un autre chemin peut être valable, même s’il ne ressemble pas à celui de tout le monde.
Petit à petit, l’IEF a élargi notre regard.
Elle nous a appris à questionner les normes. À ne plus accepter une réponse uniquement parce que “c’est comme ça”. À nous demander ce qui avait vraiment du sens pour nous.
Et forcément, une fois que cette porte est ouverte… difficile de la refermer.
Quand l’IEF a rendu la route possible
Quelques années plus tard, c’est aussi ce choix qui a rendu la route possible.
Parce qu’en retirant une contrainte, celle du calendrier scolaire quotidien, celle du lieu fixe, celle de l’organisation classique autour de l’école, nous avons commencé à regarder notre vie autrement.
Si les enfants pouvaient apprendre ailleurs que dans une salle de classe, alors pourquoi rester forcément au même endroit ?
Si les apprentissages pouvaient se nourrir de projets, de rencontres, de livres, de musées, de nature, de voyages, de discussions, alors pourquoi ne pas ouvrir encore plus grand le monde autour d’eux ?
Nous n’avons pas décidé de partir sur les routes du jour au lendemain.
Mais l’IEF a été la première pierre.
Elle nous a donné de la souplesse. Elle nous a donné du temps ensemble. Elle nous a donné la possibilité d’imaginer une vie différente.
Et surtout, elle nous a montré que nous étions capables de sortir des cases.
C’est peut-être ça, le plus grand changement.
Avant même de prendre la route, nous avions déjà commencé à voyager intérieurement. À quitter certaines certitudes. À déplacer nos repères. À construire une vie qui nous ressemblait davantage.
Un choix qui a ouvert toute une vie
Aujourd’hui, quand je regarde notre parcours, je vois le fil.
Je vois Luna et Liam tout petits.
Je vois nos doutes.
Je vois nos recherches.
Je vois cette première non-rentrée.
Je vois les années d’instruction en famille.
Je vois les premiers projets, les premières grandes discussions, les apprentissages au quotidien.
Et puis je vois la route.
Les pays traversés. Les rencontres. Les musées. Les montagnes. Les bivouacs. Les livres lus au fond du van. Les maths faites dans le bus. Les exposés nés d’une visite. Les questions posées face au monde réel.
Tout cela n’est pas arrivé par hasard.
Tout n’a pas commencé par le voyage.
Tout a commencé par l’IEF.
Par ce premier choix qui disait : “Nous allons écouter nos enfants. Nous allons chercher ce qui leur convient. Nous allons oser faire autrement.”
Et parfois, un seul choix suffit à ouvrir toute une vie.
Une vie que l’on n’avait même pas imaginée au départ.
Une vie qui ne ressemble pas toujours aux plans que l’on avait faits, mais qui, profondément, nous ressemble.
Lamour en Vadrouille