C’est la petite phrase qui nous a traversé l’esprit en silence, juste avant de reprendre la route. Une question un peu sournoise, presque timide, mais bien présente. Parce que oui, après dix mois de pause, une vie un peu plus « posée », un quotidien rythmé par les horaires du camping, les travaux dans le bus, les repas à heures fixes (ou presque)) … on a fini par se demander : est-ce qu’on a encore le réflexe nomade dans la peau ?
Est-ce qu’on saura encore improviser un bivouac dans un coin perdu ? Se contenter de l’essentiel ? Avancer sans trop savoir où, mais avec l’excitation de découvrir ? Est-ce qu’on saura encore lâcher prise ?
Ce mode de vie, on l’a choisi. Il nous a construits. Il a façonné notre famille. Mais même les choix les plus profonds peuvent trembler un peu quand on les met entre parenthèses. Et c’est normal. Parce que le doute, ce n’est pas un ennemi. C’est souvent juste un rappel. Une invitation à revenir à soi.
Ce mode de vie qu’on a choisi … et qui nous a transformés
Quand on a quitté notre appartement nantais, notre routine, notre confort il y a plus de six ans, c’était un grand saut dans l’inconnu. Vivre sur la route ? Avec trois enfants ? D’abord dans un 4X4, puis dans un vieux van de 1999 qu’on avait aménagé nous-mêmes ? Oui, certains ont cru qu’on avait perdu la tête (et ils ne nous l’ont pas caché).
Mais ce qu’on a gagné… ça dépasse tout ce qu’on aurait pu imaginer.
On a appris à ralentir. À observer. À écouter. À vivre avec moins, mais mieux. À accueillir chaque jour comme une surprise, chaque rencontre comme un cadeau.
La route nous a obligés à nous adapter, à faire preuve de résilience, à communiquer autrement (surtout quand la connexion internet nous faisait faux bond), à sortir de notre zone de confort… et à y rester. Parce qu’elle change tout le temps, cette zone. Elle bouge avec nous.
On n’a pas juste voyagé. On s’est transformés. En tant que parents. En tant que couple. En tant que personnes.
Et tu sais quoi ? Ce n’est pas toujours facile, mais c’est ce qui nous rend vivants. Intensément vivants.
Et puis, il y a eu la pause forcée …
Ce n’était pas prévu. Ce n’était pas un choix. Mais parfois, la route t’impose un détour.
À l’automne dernier, un accident en Turquie est venu tout bouleverser. Notre van Ookami, notre maison sur roues, s’est retrouvé hors d’état de continuer le voyage. Et nous, un peu sonnés, un peu perdus, on a dû appuyer sur pause.
On est rentrés en France. On a posé nos valises (ou plutôt nos caisses de rangement) au Domaine le Colombier, où nous avons passé six mois. Sis mois pour souffler. Pour digérer. Pour rebondir.
C’est là qu’on a commencé l’aménagement de Yamato, notre bus. On a bossé dur, jour après jour, tout en maintenant notre activité avec Wolfpack Edition. Et petit à petit, Yamato a pris vie sous nos mains.
Puis, à l’arrivée du printemps, on a enchaîné avec une nouvelle étape : quatre mois de boulot dans un camping, où Yannick tenait le snack/bar et moi, la réception. Une expérience intense, riche… mais aussi très prenante. On a finalisé les derniers travaux du bus entre deux service, deux exercices de maths et deux dossiers clients.
Bref, on ne s’est pas arrêtés. On n’a pas « ralenti ». Mais on a changé de rythme.
Et pendant ce temps-là, la route attendait. Silencieuse. Comme si elle nous laissait le temps de revenir à elle.
Mais au fond de nous, une petite voix commençait à chuchoter : « Et si on avait perdu la main ? »
Le doute s’installe … un peu
Quand tu mets ton quotidien nomade en pause pendant presque un an, il y a une petite voix intérieur qui commence à chuchoter. Au début, elle est discrète. Et puis, à force de journées bien rangées, de routines bien huilées, elle se fait entendre de plus en plus : « Et si on ne savait plus faire ? »
Et si on avait perdu cette capacité à improviser ? À dormir n’importe où. À gérer l’eau, l’électricité, les enfants, les trajets, les imprévus… sans s’arracher les cheveux ?
Parce que oui, vivre sur la route, c’est tout sauf des vacances permanentes. C’est gérer mille choses au quotidien, avec un minimum de confort, un maximum d’adaptation, et une météo toujours imprévisible. Et après des mois avec une douche à dispo, une prise électrique à portée de main… on s’est demandé : “Est-ce qu’on aura encore l’énergie ? La souplesse ? L’envie ?”
Et puis il y a les enfants, qui ont grandi, qui ont pris d’autres habitudes. Est-ce qu’ils vont suivre avec autant d’enthousiasme ? Est-ce que ça va encore leur plaire ? Bref, les doutes, les vrais. Ceux qui font réfléchir. Ceux qu’on connaît bien.
Mais en même temps… Ce doute-là, il est sain. Il prouve qu’on ne fait pas les choses par automatisme. Qu’on se remet en question. Qu’on cherche à aligner nos choix avec nos envies profondes.
Alors on l’a laissé passer. Comme un nuage. Et on a écouté ce qu’il y avait en dessous…
Ce qui nous rappelle pourquoi on aime la route
Et puis un matin, tu ouvres la porte du bus. L’air sent l’herbe humide. Le soleil se lève doucement sur les arbres. Un oiseau chante. Les enfants dorment encore. Et tu te dis : “C’est ça. C’est exactement ça qu’on attendait.”
Ce petit rien qui te reconnecte. Ce moment suspendu, qui te rappelle que t’as pas besoin de grand-chose pour être bien.
Et puis y’a la route. Les virages. Les paysages qui défilent. Les “waouh regarde ça !” Les bivouacs qu’on trouve au dernier moment et qui deviennent nos coups de cœur. Les galères qu’on surmonte ensemble (pas toujours dans le calme hein, faut pas rêver) et qui, quelques jours plus tard, se transforment en souvenirs mémorables.
Il y a cette intensité de vie. Ce sentiment d’être vraiment vivants. Pas en pilote automatique. Pas dans la répétition. Dans l’exploration. L’inattendu. L’adaptation permanente. Et tu te rends compte que tu ne l’avais pas perdu, ce mode de vie. Il était juste en veille. En pause.
Comme un vieux vélo qu’on ressort du garage. Les premiers coups de pédale sont hésitants, mais très vite, tu retrouves l’équilibre. Et tu souris. Parce que ton corps s’en souvient. Ton cœur aussi.
Finalement… on n’a rien perdu. On s’est juste arrêtés un moment.
Oui, on a douté. Oui, on a eu peur de ne plus savoir faire. Mais la vérité, c’est qu’on n’a jamais vraiment arrêté d’être nomades. On a juste changé de tempo. On a appuyé sur “pause” pour réparer, pour bosser, pour reconstruire. Mais le feu, lui, il est toujours là.
Il suffit d’un lever de soleil sur un bivouac, d’un repas partagé avec des inconnus devenus amis, d’un fou rire sur une piste cabossée… pour se rappeler que cette vie-là, c’est la nôtre.
Alors, on ne reprend peut-être pas la route comme avant. On la reprend avec un peu plus de fatigue, un peu plus de sagesse aussi, et l’envie profonde de savourer chaque étape. Mais on la reprend. Et ça, ça veut dire une chose : on est encore en chemin. Ensemble. Vivants. Et libres.






C’est magnifique super de retrouver l’aventure, re-découvrir, mais avec un peu plus de place, de confort,