Et si nous parlions les langages de l’amour

Nous savons tous que l’amour peut s’exprimer de mille manières, et probablement avons-nous tous connu à un moment ou un autre de notre vie quelqu’un qui exprime son amour d’une manière différente de la nôtre ; cependant, bien qu’exprimé différemment, cela reste de l’amour.

L’amour, de même que le langage, comporte bien des nuances. C’est pour cela qu’en 1995, Gary Chapman s’est consacré à décrire les 5 types qui, selon lui, pouvaient exister dans le langage de l’amour, aussi bien dans la manière de l’exprimer que dans la manière de le recevoir.

La sincérité [des sentiments] ne suffit pas. Si nous voulons être de bons communicateurs en amour, nous devons être prêts à apprendre le langage affectif fondamental de notre conjoint. – Gary Chapman

Gary Chapman propose ce concept pour nous aider à comprendre et répondre aux besoins mutuels d’amour profond. Pour lui, l’amour véritable implique un acte volontaire, exige de la discipline et reconnaît la nécessité du progrès personnel (c’est pour cette raison qu’il distingue coup de foudre et amour authentique). L’amour consiste à agir dans l’intérêt de celui ou celle que nous aimons. Les langages d’amour ne sont donc pas à prendre comme des tentatives de manipulation (pour flatter, obtenir ce que nous désirons).

Il y a généralement deux types de langage que nous utilisons et avec lesquels nous nous sentons plus à l’aise pour nous exprimer et pour capter au mieux l’amour que l’on nous adresse. Peut-être également exprimons-nous notre amour aux autres d’une manière, et le recevons-nous de leur part d’une autre. Voici les 5 langages de l’amour selon Gary Chapman :

Les paroles valorisantes

Les mots ont un pouvoir incroyable sur nous et laissent une trace sur notre comportement même s’ils n’apparaissent que de manière brève. Prendre conscience du pouvoir que nous avons sur le langage de l’amour au travers des mots nous mène à créer un nouveau monde afin d’exprimer et de recevoir l’affection et la tendresse.

Gary Chapman écrit que les paroles valorisantes peuvent se décliner en plusieurs dialectes :

  • Les compliments verbaux et sincères (« tu es ravissant(e) », « je me régale avec ce plat », « merci d’avoir… j’apprécie vraiment cette initiative », « j’aime quand tu… », « je suis reconnaissant(e) quand tu… »)
  • Les paroles d’encouragement (« si tu décides de le faire, je suis sûre(e) que tu réussiras. Car lorsque tu as décidé d’entreprendre quelque chose, tu vas toujours jusqu’au bout. C’est une qualité que j’apprécie chez toi. », « si tu veux te lancer dans cette démarche, je t’épaulerai », « je suis à tes côtés, comment puis-je t’aider ? »)
  • Paroles aimables qui expriment des sentiments personnels sur un ton chaleureux et dans un langage positif
  • Excuses et reconnaissance des torts, pardon accordé (Chapman écrit : » Si vous lui avez fait du tort, soyez prêt(e) à reconnaître votre faute et à demander pardon. Si votre motivation n’est pas celle qu’il/elle a cru être, efforcez-vous d’expliquer paisiblement vos mobiles. »)
  • Paroles humbles et requêtes (les requêtes n’étant pas des exigences). On retrouve ici un des aspects de la communication non violente : formuler des demandes pour indiquer comment se rapprocher, pour donner une orientation et non un ultimatum.

Le moments de qualité

Consacrer du temps aux personnes que l’on aime, c’est une manière de leur exprimer ce que l’on ressent pour elles. Réserver dans notre emploi du temps des moments de qualité à l’occasion desquels nous consacrer corps et âme à la personne qui nous accompagne. Ainsi, ce que nous faisons importe moins que les personnes avec qui nous le faisons.

Ces moments de qualité peuvent se traduire de plusieurs manières :

  • Juste être ensemble (être unis, sur la même longueur d’onde, être accordés; pas seulement une proximité physique)
  • Des dialogues de qualité (une vraie conversation au cours de laquelle deux personnes partagent leurs expériences, leurs pensées, leurs émotions et leurs désirs avec affection et sans s’interrompre. Ce dernier point est difficile car cela nécessite d’écouter avec bienveillance en résistant à la tentation de conseiller, de juger ou de critiquer)
  • Apprendre à parler (réveiller nos émotions, s’ouvrir à l’autre, révéler les doutes, les peurs et la vulnérabilité qui nous tenaillent)
  • Des activités de qualité (entreprendre des activités à deux, accepter une activité qui plait à l’autre pour le simple plaisir d’être avec lui/elle, s’exprimer mutuellement de l’amour en étant ensemble pour constituer une « banque de souvenirs »)

Le contact physique

Le contact physique est l’un des langages de l’amour les plus simples pour communiquer, puisqu’il se passe de mots. Les personnes qui préfèrent ce type de langage aux autres aiment les caresses ainsi que les câlins et se sentent réconfortées dans le bras des personnes qu’elles aiment. Les enfants, lorsque c’est ce type de langage qui prédomine chez eux, se sentent soulagés lorsqu’on les prend dans nos bras, qu’on les masse ou qu’on les assoit sur nos genoux.

Les enfants plus grands (surtout les garçons ayant entre 7 et 9 ans) qui préfèrent ce type de langage de l’amour peuvent l’exprimer de manières singulières, à savoir via les disputes, la lutte libre, le football, le basket, mais le contact physique reste l’élément faisant qu’ils se sentent aimés.

Le langage d’amour du contact physique doit toujours respecter la limite de l’autre : « le corps est fait pour être touché et non pas abusé ».

Les cadeaux

Il y a des personnes qui préfèrent exprimer leur amour en faisant des cadeaux et en en recevant. Il n’est pas nécessaire que ces cadeaux soient des objets matériels ni qu’ils coûtent cher ; ce qui compte, c’est le temps que l’on aura passé à réfléchir à quoi offrir, l’amour avec lequel on offre notre cadeau l’autre, et l’occasion que l’on saisit de connaître davantage la personne au travers de détails. Le cadeau représente alors une manière d’exprimer l’amour que l’on ressent pour l’autre, mais pas une fin en soi pour obtenir quelque chose.

Les cadeaux peuvent être achetés, trouvés ou confectionnés. Une fleur sauvage ramassée dans un champ peut remplir sa fonction de preuve d’amour et de remplissage de réservoir émotionnel.

Mais les cadeaux peuvent aussi prendre la forme du don de soi, de notre présence.

Les services rendus

Ici, nous parlons des actes ou des tâches que l’autre réalise pour nous manifester ce qu’il ressent pour nous ; par exemple, préparer un repas avec amour, prendre soin du foyer, s’occuper de nous lorsque nous sommes malade. Ce sont des actes simples, mais qui sont la marque d’un intérêt pour l’autre.

Le langage d’amour des services rendus peut également nécessiter de dépasser les stéréotypes et les clichés sur les rôles spécifiques des hommes et des femmes.

Comment identifier les langages d’amour ?

Chez soi

Pour Gary Chapman, il existe trois moyens de découvrir le langage d’amour qui nous est le plus naturel.

  1. Dans ce que notre conjoint(e) fait (ou omet de faire), qu’est-ce qui nous blesse le plus ? (les blessures les plus vives correspondent vraisemblablement au langage d’amour le plus expressif pour nous)
  2. Qu’avons-nous le plus souvent réclamé de notre conjoint(e) ? Les critiques les plus souvent adressées à l’autre nous renseignent sur ce qui nous donnent le mieux le sentiment d’être aimé(e).
  3. Comment exprimons-nous généralement notre amour ? Les paroles ou actes par lesquels nous faisons comprendre à l’autre que nous l’aimons nous donnent le sentiment d’être aimé(e).

Chez le/la partenaire

Chapman propose un petit jeu pour identifier le langage d’amour principal du conjoint/ de la conjointe :

  • Lister les cinq langages d’amour et les classer du plus important au moins important en se mettant dans la peau du conjoint. Montrer le résultat à l’autre et engager la discussion autour de la pertinence de ce classement
  • Demander plusieurs fois par semaine : « sur une échelle graduée de 0 à 10, à quel niveau estimes-tu ton réservoir émotionnel ? » puis « que puis-je faire pour élever le niveau ? ». Ces questions mettent à jour ce qui stimule l’expression de l’amour.

Par ailleurs, les 3 questions ci-dessus peuvent être appliquées à l’autre :

  1. qu’est-ce que je fais (ou omets de faire) qui blesse l’autre ?
  2. que me réclame ou me reproche mon/ma partenaire ?
  3. comment mon/ma conjoint/e m’exprime-t-il son amour ?

Les enfants et les langages d’amour

Dans chaque enfants se trouve un « réservoir émotionnel » qui ne demande qu’à être rempli d’amour. La plupart du temps, les écarts de conduite de l’enfant s’expliquent par son obsession à vouloir soutirer de l’affection d’un réservoir qui reste obstinément vide. – Dr Ross Campbell

Chapman écrit que nous ne pouvons pas savoir à quel langage d’amour l’enfant est sensible quand il est encore petit et qu’exprimer notre amour dans chacun des cinq langages permet d’identifier peu à peu les attentions auxquelles l’enfant est le plus sensible, ce qui le « remplit ».

Par ailleurs, l’observation nous aidera à déterminer le langage d’amour principal de nos enfants. Si un enfant accueille ses parents en leur sautant dessus, en leur faisant des bisous, en les serrant, il y a des chances pour que la première langue dans-laquelle il ressent de l’amour soit celle du toucher.

S’il a plutôt tendance à presser ses parents pour leur montrer quelque chose, à insister pour qu’ils jouent avec lui ou qu’ils le regardent faire quelque chose, son langage d’amour principal est relatif aux moments de qualité.

Un enfant qui prépare souvent des petits cadeaux, des dessins, des gâteaux, des lettres bien décorées et enveloppées, qui offre des petits objets trouvés dehors (cailloux, fleurs, feuilles…) est plus sensible au langage des cadeaux.

Les parents peuvent sincèrement aimer leurs enfants (et c’est le cas de l’immense majorité), mais la sincérité ne suffit pas. Si nous voulons répondre à leurs besoins psychiques, nous devons apprendre à parler leur langue. Je crois que des milliers de parents n’ont pas réussi à communiquer cet amour dans un langage compris de leurs enfants et que des milliers de jeunes vivent avec un réservoir émotionnel vide. Apprenons le langage le plus susceptible de  faire comprendre à nos enfants notre amour pour eux. – Gary Chapman

Chaque enfant est différent et ce qui communique de l’amour à l’un ne le communique pas forcément à l’autre.

Quand vous aurez découvert le langage d’amour le plus explicite de votre enfant, parlez-le avec lui. Mais ne négligez pas les quatre autres formes de communication de l’amour. Elles prendront même plus de signification pour lui une fois que vous exprimerez votre amour dans sa langue de prédilection. – Gary Chapman

Maintenant que vous connaissez les cinq langages de l’amour selon Gary Chapman, peut-être sera-t-il plus facile pour vous de voir que l’amour ne s’exprime pas toujours de la même manière pour tout le monde, qu’il peut être manifesté dans plusieurs langages et que le fait de tous les connaître nous offre l’opportunité de savoir comment aimer au mieux.

Nous avons joué le jeu et tenté de découvrir les langages d’amour des enfants :

Pour Luna c’est les paroles valorisantes. Luna est une jeune fille réservée qui a besoin d’encouragement pour gagner confiance en elle. Nous faisons attention à notre langage d’amour envers elle, et nous voyons l’évolution de Luna qui est de plus en plus sûre d’elle, est plus à l’aise avec le monde extérieur et s’affirme de plus en plus.

Pour Liam, c’est les moments de qualité son langage d’amour. Il aime partir en trottinette avec son papa loup pour aller chercher du pain, nous accompagner lorsque nous avons quelque chose à faire à l’extérieur. Je crois qu’il a ce besoin d’attachement, dont il a manqué bébé, et nous sommes très vigilants, et n’hésitons pas à lui proposer ces moments.

Pour Maïa, même si elle n’a encore que 2 ans et qu’elle a encore besoin que nous lui parlions chacun des 5 langages, je pense que ce sont les paroles valorisantes qui sont son langage d’amour, tout comme sa sœur. Les encouragements lui font gagner en confiance en elle et en autonomie.

Et vous, quel langage parlez-vous ? Et vos enfants ?