La vie éternelle au Muséum

27. août 2017 VAN 2017 0

La vie éternelle … ce rêve, cette envie n’a cessé d’animer les civilisations depuis des siècles : la résurrection chez les Égyptiens, le paradis chez les Perses, la réincarnation pour les Hindous. L’alchimie a tenté de répondre aux questions pendant le Moyen Age avec la confection d’élixirs et la recherche de la pierre philosophale. De nos jours, ce sont les nouvelles technologies et la médecine qui alimentent ce rêve d’Éternité.

L’exposition proposée par le Muséum d’Histoires Naturelles de Nantes nous plonge dans ce rêve et nous emmène dans un voyage dans le temps.

L’Homme a toujours rêvé d’Éternité

Nous commençons ce voyage au temps des Égyptiens. Ils croient en la vie après la mort et veulent préserver l’intégrité de leur corps en passant par la momification qui garantit l’immortalité et la possibilité d’une nouvelle vie.

Une vidéo nous explique cette technique de momification de l’enlèvement des viscères à la pose des bandelettes et la mise en sarcophage.

Un élixir de longue vie, potion magique pour rester jeune éternellement, est aussi mis au point. Les recettes les plus anciennes remonteraient à l’Égypte Ancienne, voire à Babylone. Jusqu’au Moyen Age, les alchimistes y consacrent de nombreux efforts.

Au 18ème siècle, le docteur Fornesy, un médecin suédois, rédige et fixe la composition de cet élixir. Il est toujours vendu dans les herboristeries. Cette potion aiderait au maintien d’une bonne santé physique et psychologique.

Allez, je vous donne la recette :

2 onces mannes en larmes

1 once un gros d’aloès succotin

1 gros de bédoine

1 gros d’exgarie Blanc

1 gros de gentiane

1 gros de safran du levant

1 gros de rhubarbe fine

1 gros de thériaque de Venise

Ce médecin est mort à l’âge de 104 ans suite à une chute de cheval … Son aïeul est décédé à l’âge de 130 ans, sa nièce à 107 ans et son père à 112 ans grâce à une prise de 7 à 9 gouttes matin et soir  dans le double de vin rouge, thé ou bouillon.

Aujourd’hui encore, l’envie de jeunesse éternelle est toujours présente et les géants du marketing en ont pris possession en proposant des produits de beauté ou encore des compléments alimentaires pour garder sa vitalité ou combattre les rides.

L’espérance de vie n’a cessé d’augmenter au fil des siècles passant de 25 ans en l’an 0 à 70 ans dans le monde (82 ans en France) de nos jours. Ces années d’espérance de vie gagnées sont le fruit de progrès en matière de lutte contre les maladies infectieuses et de meilleures conditions de vie, d’hygiène et d’alimentation.

Mais qu’est ce que vieillir ?

Vieillir se traduit par des déficiences : perte d’audition,  rétrécissement du champ visuel, restrictions de la mobilité de la tête, raideurs articulaires, perte de force, diminution de l’agilité, réduction de la coordination des mouvements …

Un simulateur est mis à disposition des visiteurs pour mieux comprendre ces déficiences et le comportements des personnes âgées et leurs besoins spécifiques.

 

Le monde animal, modèle de longévité

Le monde animal est un modèle pour ce rêve d’Éternité. Les animaux  sont nécessaires aux biologistes dans leurs recherches sur la longévité.

Certains sont des modèles expérimentaux :

Le ver Nématode, transparent et ayant une courte vie, est devenu pour les chercheurs un instrument de base pour l’étude génétique de la longévité. Grâce à lui, on connaît de nombreux gênes impliqués dans le vieillissement ainsi que des mutations génétiques capables d’allonger la durée de vie.

La mouche drosophile qui a permis de voir que faire face à un stress modéré permettait d’augmenter la longévité

La souris qui, du fait de sa similitude avec l’homme, a permis de mieux comprendre les mécanismes du cancer, des maladies génétiques et du vieillissement

D’autres sont de véritable super-héros :

La salamandre , elle a la capacité de régénérer ses membres manquants. Les biologistes commencent à comprendre ce fonctionnement et s’en inspire afin d’améliorer la réparation des amputations et des blessures graves.

Le homard est … immortel ! Il secrète une protéine, la télomérase, qui répare les télomères à l’extrémité des chromosomes. Il ne possède donc pas de facteur de vieillissement cellulaire. C’est la pêche, l’usure de sa carapace ou les maladies qui ont raison de lui.

 

Le tardigrade est exceptionnellement capable de se protéger et de réparer son ADN quand celui-ci est endommagé. Il peut résister à des températures de -273°C, survivre dans l’espace, résister à une pression semblable à celle existante à 60 000 mètres de profondeur dans les océans, ou encore à des rayons X de 570 000 rads (la dose létale pour l’être humain est de 500 rads).

La méduse qui peut rajeunir de façon perpétuelle. Face à une situation de stress pouvant entraîner la mort, elle a la capacité de remonter le temps, de revenir à la forme de polype puis reprendre le cours de sa vie et vieillir à nouveau. Shin Kubota, biologiste japonais, l’a étudié pendant 40 ans et l’a vu rajeunir 14 fois … la méduse a eu raison de lui et continue sa vie !

Réparer le corps humain

Le corps humain est aujourd’hui traité un peu comme une machine. Quand une pièce est défectueuse, on la remplace.

Auparavant, ces « nouvelles pièces » étaient des greffes mais elles pouvaient être lourdes d’effets secondaires.

Aujourd’hui, les chercheurs s’orientent vers des prothèses bioniques. Membres robotisés, pancréas bio-artificiels, on espère même pouvoir changer un organe aussi vital et symbolique que le cœur.

Pour demain, la médecine laisse entrevoir la possibilité de réparer n’importe quelle partie du corps humain grâce à des cellules souches qui ont la capacité de se transformer en tous types de cellules de l’organisme.

Place aux immortels ?

Des scientifiques axent leurs recherches sur la modification de l’ADN, la création d’organes artificiels, la guérison grâce à des implants au cœur de nos cellules ou encore le téléchargement de notre esprit dans un ordinateur.

Certains chercheurs veulent modifier génétiquement l’être humain, d’autres cherchent à le cloner, et il y a ceux qui veulent développer l’intelligence artificielle.

Mais à quel prix ? Si nous devenons immortels, comment gérer l’explosion démographique sans creuser encore plus les inégalités ? sans épuiser les ressources de la planète déjà mises à rude épreuve ? Comment vivre sans la présence et la pensée de la mort ?

Et les autres êtres vivants ?

Des exemples d’êtres vivants nous sont présentés avec des records de longévité.

La tortue des Seychelles a une longévité moyenne de 150 ans, la plus vieille est morte à 250 ans dans un zoo de Calcutta ; le plus vieux ara rouge est mort à 100 ans ; un bénitier à 250 ans.

Mais il n’y a pas que les animaux, il y a aussi des arbres comme le séquoia géant dont l’âge record est de 3 266 ans.

Le temps de l’espèce

L’échelle du temps d’une espèce et celle d’un individu sont bien distinctes. Aujourd’hui, l’humain a une espérance de vie de 70 ans, mais l’espèce Homo Sapiens existe depuis plus de 200 000 ans.

Le temps d’existence entre le moment d’apparition de l’espèce et son extinction peut être infini. Mais un grand nombre d’espèces a déjà disparu tandis que d’autres sont sur Terre depuis plus longtemps que nous.

Ainsi les espèces panchroniques, comme les nautiles ou les limules, sont apparus il y a 500 millions d’années.

La disparition de certaines espèces font partie du cours naturel de l’histoire de la Terre qui a connu 5 extinctions massives dont la dernière est celle des dinosaures il y a 65 millions d’années.

Ces extinctions successives ont permis l’émergence de nouvelles vie. Mais, aujourd’hui, les scientifiques s’inquiètent de la disparition accélérée de nombreuses espèces liée aux activités de l’être humain.

Une sixième extinction annoncée ?

 

Des chercheurs travaillent aussi sur la possibilité de redonner vie aux espèces disparues. Ils espèrent trouver des échantillons d’ADN anciens afin d’en faire un génome complet et faire du clonage. D’autres souhaitent pouvoir reconstituer une espèce en croisant des races proches de l’espèce disparue.

Le temps de la Terre et de l’Univers

Les plus anciens micro-fossiles, découverts en 2017 au nord du Quebec, ont plus de 3.8 milliards d’années. Mais près de 10 milliards d’années nous séparent encore de la naissance de l’Univers, années pendant lesquelles les explosions d’étoiles ont donné naissance aux atomes devenus les constituants de notre planète, des premières molécules de vie, de nos propres cellules.

 

Pour conclure, j’emprunterai textuellement cette phrase :

 » « Souviens-toi que tu es né poussière et que tu retourneras poussière ». Nous sommes des poussières d’étoiles, nous sommes éternels »